Dimanche 14 Février. Le réveil sonne à 5h45, j'ouvre les yeux, ... Je suis à Kathmandu !
Autant dire que la nuit a été courte. Pas d'électricité au réveil. On rallume la bougie, et on s'active ... Vers 6h, un groupe électrogène se met en route, on a de la lumière dans la chambre, mais pas dans la salle de bain et les prises ne sont pas alimentées. Précisions super intéressantes me direz-vous, mais ça vous donne une idée des conditions de vie. Ça nous paraît tellement évident d'avoir du courant ... Le téléphone sonne, Matthieu a la surprise de s'entendre annoncer en français que notre guide est là et qu'il nous attend. Il est en avance, nous en retard ... Et ça va être comme ça toute la semaine, mais il ne le sait pas encore ;)
Je pars faire un tour au distributeur de billets en laissant Matthieu en caution à l'hôtel, retirer un sacré paquet de billets : c'est un peu la même idée que pour la Chine : 100 roupies, ça fait 1 euro; et le plus gros billet, c'est 1000 roupies, soit 10 euros. On paye tout en cash, à commencer par le trek (pour ceux qui seraient intéressés, 150 euros chacun pour 5 jours, transports, repas, logement et guide inclus). Et comme ma banque est plus sympa que celle de Matthieu, je paye pour deux.
On part à pied prendre le bus à destination de Pokhara : on se retrouve face à une longue file de cars, qui ont tous la même destination, se remplissent doucement, avec chargement des sacs sur le toit (au passage, ils doivent bénir les chinois qui se baladent avec de grosses valises en dur ... Nos sacs à dos sont quand même plus simples à balancer sur le toit !), et de petits vendeurs de fruits, friandises, boissons et journaux tournent autour.
Sur la roooooouuuuuuute ...
Nous voilà partis ! C'est d'abord la vie de la rue qui retient l'attention, le temps de quitter Kathmandu. Les maisons s'estompent enfin, on commence à parcourir la vallée, les premières cultures en terrasse ... Et première vue des montagnes !!
9h, pause petit-déj. Ca tombe bien, on crève de faim, et le menu porridge/pancakes/thé fait son entrée comme petit-déj officiel de la semaine, à quelques variations près, huuuuum c'est bon les vacances. Le principe du "Marion, si t'as plus faim, pas de problème je termine ton assiette !" entre lui aussi en action, ça s'appelle du gagnant-gagnant : je peux prendre ce que je veux même si pas sûre de finir, et je fais un heureux parce que Matthieu, eh bien .. Il a toujours faim Il est très dévoué !
Retour dans le bus, les paysages sont incroyables, c'est bon d'être là ... Pause déjeuner 2h plus tard, on n'a pas vraiment faim ... On décide d'attendre Pokhara pour déjeuner, on devrait y être dans moins de deux heures. Oui mais ...
Tranche de vie ...
À peine repartis, nous voilà brusquement arrêtés dans un village. Le car qui nous précédait vient de renverser un gamin de 5 ou 6 ans. Les villages sont construits de part et d'autre de cette grande route à double sens, la seule à relier Pokhara à Kathmandu. Et les cars et autres véhicules foncent à toute blinde dessus. Donc oui, c'est dangereux.
La circulation est arrêtée dans les deux sens, les villageois s'attroupent autour de l'enfant - vivant, mais bien amoché -, le car lui a continué sa route. Une ambulance arrive, repart quelques minutes plus tard, tandis que les esprits s'échauffent à vue d'oeil, pas besoin de comprendre la langue : les jeunes gens du village se ruent sur tout ce qu'ils trouvent comme branchages, troncs d'arbres, et pierres pour barrer la route aux véhicules. Ils témoignent du ras-le-bol des villageois de ces cars - qui ne sont pas des cars de touristes uniquement, loin de là, mais bel et bien le principal moyen de transport des Népalais entre les villes ; dans notre bus, 10% de touristes, 90% de locaux -
Le temps passe doucement. Les gens viennent, repartent, discutent. On a une sorte de petit chef de village coiffé de ce qui ressemble à une chapka russe, qui crie de loin pour rajouter de l'huile sur le feu. Des policiers qui arrivent, puis ensuite deux camions de soldats, qui discutent pour faire dégager la route. Vue la densité de la circulation, on ne peut qu'imaginer les bouchons qui s'allongent de part et d'autre du village. Tout en comprenant la détresse des habitants.
On apprend ensuite que le car ne s'est pas enfuit, mais qu'il est allé directement au poste de police le plus proche - peut-être pour éviter de se faire lyncher.
Puis que l'enfant est blessé sérieusement, mais va s'en sortir, et que le père de l'enfant est donc en train de négocier par téléphone une compensation financière avec le patron de la compagnie de bus. Ça dure un bout de temps.
Puis tout à coup, on voit les gens attroupés se disperser, ceux qui étaient sortis des cars revenir en courant, et des personnes dégager la route. Accord trouvé, on peut y aller. On a perdu la notion du temps, on ne sait pas bien combien de temps on est restés arrêtés.
Une scène comme ça, tranche de vie prise sur le vif, désarroi des villageois face à cet accident, quotidien de ces bus qui sont nécessaires à tout déplacement, mais dangereux.
Pokhara !
Une fois à Pokhara, on file à la guest house : vu que tout est compris dans notre trek, pas besoin de se poser de questions, suivez l'guide ! On arrive à la Karki guesthouse, proche du lac et dans les rues de backpackers. La chambre est ok, l'immeuble à côté, en construction d'où le boucan monstre, la vue du toit, eh bien ...
Dans l'histoire, on n'a toujours pas déjeuné ... Et manger, quand on voyage avec un grand bonhomme comme Matthieu, faut pas rigoler avec ça :) Ma réserve de mini-lions du duty free de Kunming en a pris un sacré coup. Au point où on en est, ce sera goûter, balade et dîner. De ce côté du lac, c'est donc le quartier backpacker (Basanta nous mène un peu en bateau ... On voulait voir le vieux Pokhara décrit par le Lonely Planet, impossible selon lui, tant pis !). On est souvent interpellés par les "hello, hello, namaste !', mais aussi, 14 février oblige, par les "Happy Valentine's !".
On continue au bord du lac, le coucher de soleil offre de belles couleurs, on distingue les montagnes à travers les nuages, et Basanta se lance dans la première des multiples répétitions : "Himchuli, Macchapuchhre, Annapurna 3 puis 4 puis 2 (le 1 est planqué), Lamjung, ...". Pour le moment, j'y arrive pas, mais c'est pas grave, on va les avoir quelques jours devant les yeux ces montagnes ! Donc lui, mon préféré avec l'Annapurna Sud, c'est le Macchapuchhre.
Bière dans un bar en terrasse, c'est bon les vacances, puis dîner dans un petit resto, plus proche d'une cantine, on suit Basanta dans une ruelle. Dal Baht pour tout le monde ! Le dal baht, c'est le plat typique népalais, le seul d'ailleurs, à en croire Basanta. Il est souvent présenté dans un plateau métallique à cases, et se compose à minima de riz et de soupe de lentilles. Ensuite, on trouve des légumes, des piments, éventuellement de la viande au curry. Toutes les échoppes autour sont pensées pour les trekkers. Matthieu et moi nous arrêtons dans chaque librairie, trop contents de trouver des bouquins en anglais tant qu'en français sur le Népal, les montagnes, les voyageurs, les grimpeurs et tout autre thème approchant. On ne prend rien ce soir, on ne va pas non plus porter ça 5 jours, mais on reviendra ! Courses pratiques d'avant trek : bouteilles d'eau, qu'on rechargera (l'eau du robinet ici comme en Chine ou en Inde n'est pas potable), PQ, jeu de cartes, et bonnet népalais pour moi (Matthieu se fiche de moi et fait son malin ... On en reparle dans 2 jours !!).
Passage internet, c'est lent, mais on accède aux sites que l'on veut, on n'avait plus l'habitude ... On refait nos sacs : les gros partent pour le trek, les petits collectent le lourd et le superflu et resteront à l'hôtel les 5 prochains jours (chargeurs de batteries -pas de courant et pas de réseau pour les téléphones, on s'en passe largement !!-, guides de voyage -on a un guide en chair et en os-, ...). Je vous rassure, les gâteaux partent avec nous, Matthieu est volontaire pour les porter :)
Douche à la bougie, et dodo, demain ... On attaque les choses sérieuses !