Juillet – Août – Retour, flashback
Le dernier Paris – Shanghai début juillet, faire découvrir Shanghai à des néophytes dans la chaleur et l’humidité, partir ensemble à la découverte du Yunnan : KunMing, LiJiang, Shangri-La, DaLi. Dormir dans des trains, des bus, admirer des montagnes, goûter des fromages tibétains, courir après des avions, des taxis, des parapluies. Découvrir un autre aspect de la Chine … Rejoindre BeiJing et récupérer Petite Sœur, fêter ses 20 ans comme il se doit sur la Grande Muraille et autour d’un canard laqué, puis laisser repartir les amis vers leurs boulots parisiens. Reprendre un avion pour rendre visite aux pandas du Sichuan, et quitter la Chine au dernier jour de mon visa et le soir de mon anniversaire. Deux ans …
Atterrir en Malaisie, à Kuala Lumpur. Y passer 48h, avant de décoller pour Bali. 10 jours de découverte de ce lieu magique, que ce soit les plages, les poissons, les petites routes côtières, les volcans, les traditions et les croyances, les sourires, une profondeur dans les échanges.
Passer pour terminer 10 jours à Singapour, ville multi-culturelle, tellement facile à vivre en tant qu’expat, piscines dans tous les condos, grands centres commerciaux, plages de rêves à 2h de là, des lieux de fêtes, des temples à tous les coins de rues, un concentré facile d’Asie, de vraies vacances reposantes !
Décoller finalement de Singapour, Changqi, pour Paris, Charles de Gaulle. Rentrer, avec une grosse boule au ventre, c’est certain …
Rentrer.
Rentrer. Parce qu’au fond, la voilà cette fameuse étape. Cet étrange paradoxe entre joie du retour, des retrouvailles, de petits plaisirs simples, de normalité et de facilité, balancés par un manque, manque de surprises, d’étrange, de différences, de distances et de tous ces gens qui ont fait partie de mon quotidien pendant 2 ans. Difficile à exprimer, ou à comprendre … Ironie du sort, ou préméditation, ce retour d’expatriation était le sujet de mon mémoire de mastère.
Côté professionnel …
Côté pro, j’avais négocié mon poste en France avant de quitter la Chine. Ca libère l’esprit pour l’été … Rentrée comme tout le monde début septembre, la même entreprise qu’en Chine, mais en France. C’est comme passer de l’autre côté du miroir … Connaître « La France » par l’œillère chinoise, découvrir « La Chine » par l’œillère française … Et ça fait mal parfois, mais ça donne peut-être une bonne dose de lucidité. Découverte d’un nouveau poste, contexte complètement différent, une approche « française » du monde du travail. Faire preuve d'adaptabilité ... Je me fonds dans le décor un peu plus chaque jour. Charmes des bords de Marne, des RER parisiens, des grèves et des quelques centimètres de neige bloquant la circulation.
« Alors, ce retour ? »
« Et c’est pas trop dur ?? »
4 mois que j’ai remis les pieds sur le sol français. Que je me sens encore tiraillée entre ici et là-bas. Que je patauge encore dans des formalités administratives d’une absurdité déconcertante. Partir comme ça, ça apporte énormément, même si ça se paie parfois cher. Choisir de rentrer, c’est tout aussi compliqué. Le plus dur, c’est de concilier ma vie d’avant et ma vie de là-bas, de partager de nouveau le quotidien de mes proches après deux ans d’éloignement, de rencontrer moitiés et bout d’chous qui ont fait leur entrée, de raconter sans ennuyer, de réaliser qu’on ne peut pas tout partager au risque d’être incompris. Mais d’accepter aussi que ceux qui ont fait partie de mon quotidien pendant deux ans sont maintenant bien loins et qu’ils manquent. Avoir en traits d’unions ces français de là-bas qui sont rentrés comme moi. Apprécier les appels, les sourires de français d’ailleurs lors de leurs passages parisiens, qui font tellement de bien … Passer de l’autre côté du miroir et être celle qui reste, qui habite en France, quand eux ne sont que de passage et repartent vers une autre réalité …
Je ne vous cache pas les pincements au cœur quand on me parle de Hangzhou et de Shanghai, et d’Asie. À la fois envier, et pousser au départ les aspirants à l’expatriation en Chine ou en Asie …
Je ne vous cache pas qu’on découvre les relations, les amitiés qui résistent et se renforcent, celles qui déclinent et périclitent, et toutes celles créées là-bas qui perdurent. Ces gens qui manquent.
Je ne vous cache pas que mon passeport est au fond d’un tiroir, et qu’il me démange de lui ajouter de nouveaux visas, de nouveaux tampons.
Je ne vous cache pas que je garde, bien ancrée, cette envie d’ailleurs, et de repartir. Quand, comment, pourquoi, je n’en sais rien encore, et les mois à venir seront certainement français, émaillés d’escapades plus ou moins lointaines. Mais ensuite … Qui sait ?
Je ne vous cache pas non plus que retrouver ma famille, ces amis toujours là, c’est du bonheur. Passer du temps ensemble, aller prendre un café, partager un repas, un cinéma, une soirée ou une balade au parc, plaisirs simples mais rares, qui n’ont pas de prix. Que j’apprécie les petits plats, même si je me refuse à mettre les pieds dans un resto chinois. Qu’il est facile d’être soigné et en bonne santé en France. Que je dévore les bouquins, les films accumulés en retard.
Je ne vous cache pas que j’ai l’impression de jongler en tentant de concilier ces parties de moi, avec tous ces gens qui traversent et partagent ma vie, une envie de plus haut et une envie d’ailleurs. L’absurdité parfois de notre société face à mes souvenirs népalais ou philippins, tout en profitant et en me fondant dans le système. Contradiction, quand tu nous tiens …
Et la suite …
Il est temps de tourner la page, de laisser s’enfuir 2010, et de mettre un point final à ce blog. 376 articles plus ou moins objectifs, absurdes, longs, perplexes, souriants, porteurs de photos. Cette « Chinese expérience », que j’ai partagée avec vous dans ces lignes, il est temps de la refermer pour écrire d’autres chapitres.
Je les souhaite, je les imagine, je les inventerais remplis de voyages, de rencontres avec ces autres d’ailleurs. Je les veux peuplés de paysages incroyables, d’autres coins du monde, de sourires d’inconnus, d’autres cultures, de proches avec qui partager tout cela.
Merci pour vos présences, parfois discrètes mais qui m’ont toujours fait chaud au cœur ; merci d’avoir passé ces instants sur ce blog et ainsi partagé cette expérience ; merci d’avoir été et de continuer à être là …
Que 2011 vous soit belle et riche en sourires,
en rêves, en rencontres, en complicités, en instants à vous couper le souffle.
N’oubliez pas vos rêves … Et bonnes routes à vous …
Dans tous vos coins du monde !
« La Chine n’est pas un pays facile ;
c’est un pays mystérieux, qui se découvre, s’apprivoise.
Qui enseigne la patience, la ténacité, l’adaptabilité.
Qui met à l’épreuve chaque jour, tout en offrant des moments inoubliables.
Un pays qui absorbe. Qu’on apprend à aimer.
Et qu’on ne quitte sans doute vraiment jamais … »